LE TEKNIVAL EST MORT, VIVE LE FUCKNIVAL !!!



Nous aussi on y a cru. On était même les premiers à en parler et à en faire l'éloge. Depuis un certain été mythique à Prague et la claque Spirale, on pensait avoir enfin trouvé notre milieu, notre but, notre raison de vivre, changer le monde à travers la musique et la révélation personnelle.

Le teknival était un principe révolutionnaire : appropriation d'un lieu inutile et délaissé par la marche du progrès pour en faire un gigantesque espace contre-culturel (trans-culturel ?). Abolition des notions inculquées depuis notre plus tendre enfance par des maîtres inconscients de leur servilité. Rejet de la propriété, de l'argent, rejet des barrières sociales et raciales, rejet de la banalité d'une morne vie routinière, rejet d'une notion du temps liée au profit, rejet de la connerie institutionnalisée quoi… Et en plus sans le côté politico-corrupteur : à défaut de changer le monde, au moins on changeait nos vies et celles de nos potes qui le voulaient bien, et ça ça nous suffisait…

Tout n'était pas rose sur nos matins lysergiques, et il était parfois difficile de gérer l'existence de cette autre réalité, froide, métallique et sans lendemain, mais au moins on se sentait vivre en partageant l'instant avec les autres individualités de cette communauté alternative. Il était beau notre teknival…

J'ai longtemps cru que rien ne pourrait briser cette harmonie: né dans le chaos, le teknival était invincible aux agressions de l'ordre établi, et il se renforçait dans sa non-conformité. Une esthétique martiale, des relations respectueuses, des gens intéressants qui savaient pourquoi ils étaient là : la construction d'une Zone d'Autonomie Temporaire, ça voulait encore dire quelque chose.
On y croyait…

Mais voilà, si le teknival était un principe d'opposition au capitalisme abrutissant qui nous matraque la tête, on n'a pas su éviter le dérapage vers les délires extrémistes et infantiles et on s'est retrouvés victimes de notre propre critique. On criait notre haine, on s'est mis à déverser notre merde.

On aurait du le voir venir. D'année en année, on assistait au débarquement de plus en plus de blaireaux, amenant de plus en plus de merde et de dope daubée. D'année en année, on voyait se développer l'individualisme, l'indifférence et le nouveau règne de l'argent sale, tout ce dont on ne voulait plus. Le teknival comme une foire. On n'a rien fait. Désormais impuissants et dégoûtés on a assisté à sa décomposition, à la mort de son idéal.

C'est la massification qui a tué le teknival. C'est l'ouverture à la médiocrité quotidienne, le refus d'accepter notre différence. Tout le monde ne comprend pas qu'on puisse vouloir et pouvoir changer de vie, et à partir du moment où il devient une mode de bouffer les hoffmanns par 8 engoncé dans de vieux treillis déchirés, on peut légitimement penser que quelque part c'est parti en couille… Quand l'excès se transforme en conformisme, quand on retombe dans les mêmes schémas de base de sur-consommation, c'est que l'on s'est fait rattraper par ce que l'on fuyait.

Qu'est-ce qu'un teknival aujourd'hui ? un rassemblement de chépers dont le but presque conscient est la construction de la plus grande décharge à ciel ouvert que l'on puisse trouver dans l'hexagone ou à défaut la destruction de la nature ou des éléments qui les entourent. Une gigantesque drogue party ou les djs les plus mauvais de France rivalisent sur les sons les plus mal réglés du monde. Une rencontre pour punks à chiens du 3ème âge qui savent qu'ils pourront partager avec leurs vieux potes des Simpsons millésime 97. Des tribus entières de connards qui se mettent sur la gueule à coup de battes ou de fusils à pompe pour des histoires de carotte (allez tous vous faire enculer !). Une attitude infantile de révolte à deux balles dénuée de toute réflexion. Une aubaine pour les dealers de tout poil qui gardent un œil bienveillant sur ce petit monde. Et je ne parlerai pas de la racaille, je ne veux pas courir le risque d'être identifié à la dérive fasciste du truc. C'est bien connu, le coq gaulois la ramène, même les pieds dans la merde, tout simplement parce qu'il ne sait faire que ça ; le teufeur français de base est ainsi : borné, et sans honte.

Qu'il le reste, moi je ne suis plus. Je suis blasé et j'ai honte.



Dimension Pirate

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